Sing It Back: Özlem Altin
Pour son exposition personnelle à T H E P I L L ® à Paris, Özlem Altın présente une sélection d’œuvres nouvelles et récentes sur papier et toile qui entraînent le spectateur dans un espace fluide et mouvant de mémoire, de désir et de perception — une atmosphère façonnée par la légèreté et la lumière, par la présence.
Intitulée Sing It Back, l’exposition s’ouvre sur une série de collages picturaux sur papier : de larges lavis circulaires irréguliers de pigments orange-rouge dilués et pêche pâle se déploient sur la surface blanche, au sein desquels sont enchâssés des détails de photographies anatomiques — une oreille, une bouche, un visage partiel, un œil. La couleur orange profonde opère comme un environnement. Diluée jusqu’à la translucidité, elle oscille entre chaleur et immatérialité. Le pigment semble rayonner depuis l’intérieur du papier, comme éclairé par une source interne.
La transparence devient élévation : la couleur n’alourdit pas le fragment photographique mais le suspend, comme si la matière était en train de devenir lumière. Ici, la tension entre les médiums devient palpable. Là où le fragment photographique fixe, le geste pictural déstabilise ; là où il ancre l’image à un corps, la peinture la libère dans l’atmosphère. Le pigment transparent se diffuse vers le fragment, formant une sorte de membrane ; le fragment interrompt le flux de la couleur.
Cette interaction met en scène une chorégraphie subtile de l’adresse. Une oreille suggère l’écoute ; une bouche suggère la parole. Des voix appellent et répondent, dispersées à la surface, distribuées entre fragment et champ. « Sing It Back », chanter en retour, c’est répondre, recevoir et réémettre : une voix, la vie elle-même répondant à l’appel — non par duplication, mais par modulation et transformation.
Les œuvres d’Altın dans l’exposition jouent avec cette idée d’écho : dans les grands formats sur toile, des échos chromatiques passent d’une œuvre à l’autre ; des formes récurrentes se répondent par variation plutôt que par répétition. Chaque image « chante en retour » à la suivante, mettant les relations en mouvement. Les gestes et les mouvements mis en scène dans ces peintures produisent un effet de miroir singulier : un ajustement à la fois subtil et profond de la perspective et de la perception du spectateur. Regarder, c’est répondre — permettre au fragment photographique de s’inscrire, d’être entendu, de susciter une réponse. Ce qui cède commence à vibrer.
Sing It Back prolonge l’exploration par Altın de la relation entre le photographique et le pictural. Entre les deux émerge un champ relationnel en mouvement, où la présence n’est jamais assurée, mais sans cesse reformée — un écho passant d’image en image, de la surface au spectateur, et de nouveau en retour.
Federica Bueti, en dialogue avec l’artiste
Özlem Altın (née en 1977 à Goch, Allemagne) vit et travaille à Berlin. Parmi ses expositions personnelles récentes figurent Prisma – Hannah-Höch-Förderpreis 2024, Berlinische Galerie (Berlin, 2024) ; Kismet, THE PILL (Istanbul, 2022) ; Lens, Merano Arte (Merano, 2019) ; Processing, Camera Austria (Graz, 2017) ; Untitled (Touch or Melancholy), Lentos (Linz, 2016). Son travail a été présenté dans des expositions institutionnelles telles que The Milk of Dreams, 59e Exposition Internationale d’Art de La Biennale di Venezia (2022) ; Tongues of Time, Villa Romana (Florence, 2021) ; Companion Pieces: New Photography 2020, MoMA online (2020) ; Part of the Labyrinth, Göteborg International Biennial for Contemporary Art (Gothenburg, 2019) ; The Seventh Continent, 16e Biennale d’Istanbul (2019) ; We don’t need another hero, 10e Biennale de Berlin (2018) ; Cosmology of the Boundless, Museion Bolzano (2017). Özlem Altın a reçu la bourse de travail de la Stiftung Kunstfonds en 2022 et a été pensionnaire à la Villa Romana, Florence, en 2020. De 2020 à 2021, elle a occupé un poste de professeure de photographie à la HGB Leipzig, et en 2023, elle a dirigé le Visiting Artist Studio à l’Académie UMPRUM de Prague. En 2025, elle a été invitée au département Arts graphiques/Photographie de la HFBK Hambourg.
Federica Bueti est l’autrice de Imagination Besieged. Coloniality, Violence, and Feminism in “Mediterranean” Art and Literature (Routledge, 2025) et de Critical Poetics of Feminist Refusals: Voicing Dissent Across Differences (Routledge, 2022). Elle est professeure principale (Senior Lecturer) au Master of Fine Art du Piet Zwart Institute.